ABBAYE


ABBAYE
ABBAYE

L’abbaye est un monastère gouverné par un abbé (lat. abbas , du syriaque abba = père), peuplé de moines ou de chanoines réguliers. (Les abbayes de moniales sont gouvernées par une abbesse.) Parmi les premiers, les trois familles essentielles sont actuellement celles des bénédictins, des cisterciens et des chartreux – bien que ceux-ci n’aient ni abbaye ni abbé stricto sensu – auxquelles s’ajoutaient jadis celles des grandmontains et des fontevristes. Parmi les seconds dominent numériquement les chanoines de Saint-Augustin et ceux de Prémontré.

Les abbayes remontent au IVe siècle et se sont développées, comme le monachisme, d’abord en Orient, puis en Occident; elles se multiplièrent surtout jusqu’au XIIIe siècle, où elles étaient au nombre de plusieurs milliers dans la chrétienté romaine. Après des phases de déclin et de renouveau, les abbayes sont, de nos jours, près de quatre cents, la plupart en Europe, mais l’Amérique, l’Afrique, l’Asie et l’Océanie en comptent un certain nombre.

1. Une abbaye médiévale: la Chaise-Dieu

Pour faire connaissance avec une abbaye de la grande époque monastique, qui est incontestablement le Moyen Âge, un bon exemple est celui de l’abbaye bénédictine de la Chaise-Dieu (Casa Dei , «La maison de Dieu») en Auvergne. Elle avait été établie, de 1043 à 1050, sur le plateau du Livradois, par le fils d’un chevalier auvergnat, Robert de Turlande, entouré de quelques disciples. Elle prit rapidement une grande importance, attirant d’une part les religieux, moines dans l’abbaye, d’autre part, autour de celle-ci des laïcs, les uns «familiers» du monastère, les autres paysans, artisans, voire marchands, plus tard des hommes de loi, le tout constituant le bourg qui, comme pour la plupart des fondations bénédictines, vint se former aux portes de l’abbaye. Nombreux étaient les moines: environ 300 du XIe au XIIIe siècle, ce qui permit de nombreuses fondations, puis une centaine jusqu’au XVe siècle, vivant dans une sorte de cité assez hétéroclite, car si le plan primitif des monastères était simple et rationnel, au fil des siècles il se compliquait. Autour de la «maison de Dieu» était une enceinte percée de portes, dominée par des tours de garde qui affirmaient qu’une abbaye était aussi une puissance temporelle. Dans un espace de deux hectares se pressaient l’église – une magnifique construction gothique, toujours admirée, ayant remplacé au XIVe siècle l’ancienne abbatiale romane – le cloître, autour duquel s’ordonnaient les bâtiments monastiques: dortoir, réfectoire, infirmerie, librairie, chambrerie, salle capitulaire, logis de l’abbé, sans oublier, placées près d’une porte, l’aumônerie, très importante selon la volonté du fondateur, faisant de l’abbaye le point de ralliement des miséreux et des «économiquement faibles» de l’époque (de 4 000 à 5 000 assistés dans l’année), et l’hôtellerie, partout nécessaire aux voyageurs, indispensable sur ce plateau où le tombeau de saint Robert attirait les pèlerins.

La Chaise-Dieu, abbaye bénédictine comme Cluny, était fameuse par sa stricte régularité – «le moindre relâchement étant (selon un chroniqueur) considéré comme un crime» –, son austérité renforcée par le climat, des plus rudes, une grande exactitude «à chanter la louange divine et à célébrer avec magnificence les offices divins», un certain penchant à la contemplation, tout cela découlant de la règle de saint Benoît dont les prescriptions rythmaient la vie monastique. Tout y obéissait à l’abbé, aidé, dans le gouvernement, par quelques auxiliaires, dignitaires chargés de la direction des moines, tels le grand prieur et le doyen, «officiers» commis à un service spécialisé: hôtellerie, infirmerie, sacristie, ouvrerie, aumônerie, chantrerie et cellérerie. L’abbé était à la fois le père, le chef, l’exemple de la communauté. Il était élu par les moines selon une procédure complexe qui tenait compte, non seulement du nombre des voix, mais aussi du mérite de chaque électeur et de chaque candidat, ce qui aboutissait parfois – rarement – à des conflits. L’élu recevait la bénédiction de l’évêque diocésain et demandait la confirmation du pape, car la Chaise-Dieu était directement soumise au Saint-Siège auquel elle payait une très forte redevance annuelle attestant cette propriété. Une fois consacré, l’abbé revêtait les pontificalia , mitre, anneau, gants, sandales, dalmatiques, puis, semblable à un évêque, crosse en main, il s’asseyait sur le trône abbatial où les moines venaient lui faire obédience et recevoir le baiser de paix. Les mois suivants, l’abbé se rendait auprès du pape pour lui prêter serment de fidélité.

Jouissant primitivement d’un pouvoir absolu, selon la prescription de la règle: «Après avoir recueilli l’avis des frères, il délibérera à part soi et fera ensuite ce qu’il aura jugé le plus utile», l’abbé avait dû, à la Chaise-Dieu plus tardivement qu’ailleurs, accepter en 1302 une sorte de constitution. Celle-ci fixait ses pouvoirs, donnait existence légale au chapitre général de la Saint-Robert (24 avril) réunissant les moines de l’abbaye mère et les abbés et prieurs des maisons filiales, créait dans l’intervalle un conseil doté de pouvoirs financiers, composé de quatre dignitaires de la Chaise-Dieu et de six prieurs «extérieurs», instituait des «définiteurs» chargés, durant le chapitre général, de régler souverainement tous les conflits. Malgré ces limitations, l’abbé restait un très grand personnage, aussi bien sur le plan spirituel que sur le plan temporel, bien qu’il fût astreint, comme tout moine, à l’humilité, qui l’appelait au service de la cuisine à Noël et à Pâques. Depuis le XIIe siècle, il pouvait donner la bénédiction solennelle quand aucun évêque n’était présent, ce qui se rattachait à l’exemption à l’égard de l’ordinaire dont la Chaise-Dieu bénéficiait, comme de nombreux monastères, du fait d’une série de privilèges pontificaux échelonnés de 1080 à 1178. Le pape Clément VI, qui avait été moine casadéen, y ajouta en 1342 la juridiction «ordinaire et diocésaine» sur les trois paroisses de la Chaise-Dieu exterritorialisées, soustraites au diocèse de Clermont: la Chaise-Dieu devenait abbaye (nullius dioeceseos ), privilège plus rare que l’exemption, et l’abbé avait désormais non seulement juridiction quasi épiscopale à l’intérieur du monastère, mais aussi à l’extérieur, sur le territoire des trois paroisses.

L’abbé était également le supérieur de toute la congrégation constituée autour de la Chaise-Dieu, la seconde en importance chez les bénédictins après celle de Cluny, composée de dix abbayes: La Chaise-Dieu, Gaillac, Saint-Théodard de Montauban, Brantôme en France; Faverney en Franche-Comté; La Valdieu en Alsace; Frassinoro, Saint-Marin de Pavie, Saint-Sixte de Plaisance, Borzone en Italie; de trois cent quarante prieurés, certains aussi importants que des abbayes, mais plus dépendants – Chanteuges et Jaligny en Auvergne, Montverdun et Savigneux en Forez; le Port-Dieu en Limousin; Sainte-Gemme et Trizay en Saintonge; Sainte-Livrade d’Agenais, Saint-Baudile de Nîmes, Saint-Robert-de-Cornillon en Dauphiné; Grandson outre-Jura; SaintJean de Burgos en Castille; Montepeloso en Italie du Sud – d’autres ne comptant que deux moines; enfin de monastères de moniales bénédictines: trois en Auvergne – Comps-Lavaudieu, Saint-Genès-les-Monges, et sa filiale Saint-Julien-la-Geneste – un en Italie, Rocca en Montferrat.

Sur le plan temporel, l’abbé, une fois passée la période de rayonnante sainteté (XIe-XIIe s.), faisait surtout figure de grand personnage; il ne se déplaçait jamais sans une importante escorte qui fut limitée au XIVe siècle à «treize ou quatorze chevaux». Il était seigneur de la Chaise-Dieu et de toutes les terres casadéennes, aussi nombreuses qu’étendues, qui le mettaient sur le pied des plus puissants barons d’Auvergne. Aussi disposait-il d’abondants revenus qui expliquent qu’une fois tombée en commende, c’est-à-dire «accordée à un séculier avec dispense de la régularité», la Chaise-Dieu tenta les plus grands, le cardinal de Tournon au XVIe siècle, Richelieu et Mazarin au XVIIe siècle, et, au XVIIIe siècle, les Rohan, dont le fameux «cardinal-collier» qui en fut le dernier abbé.

2. Les grandes abbayes médiévales

Les grandes abbayes bénédictines, dont la fondation s’échelonne du Ve au XIIe siècle, et dont certaines existent encore (elles sont en italique ci-dessous) en Italie: Subiaco , Monte Cassino , Farfa , La Chiuja , La Cava , sans parler de Camaldoli et de Vallombrosa qui formèrent des rameaux séparés de l’ordre bénédictin; en France: Saint-Victor de Marseille, Conques, Saint-Bénigne de Dijon, Corbie, Saint-Denis, Fleury-Saint-Benoît-sur-Loire , Aniane, Saint-Pons de Tomières, Cluny, Le Bec, la Sauve-Majeure, Tiron; en Angleterre, Bangor, Jarrow, Saint-Albans, Battle; en Écosse: Iona; en Irlande: Bangor; en Allemagne et dans l’Empire: Saint-Gall, Fulda, Tegernsee, Gorze, Corvey, Hirsau, Brogne, Saint-Vanne de Verdun, Einsiedeln ; en Pologne: Tyniec ; en Hongrie: Pannonhalma , en Espagne: Silos , Ripoll, Montserrat , Sahagun. Elles ressemblaient toutes, plus ou moins, à la Chaise-Dieu, et certaines d’entre elles avaient, comme celle-ci, constitué des congrégations, «groupement de plusieurs monastères autonomes sous un même supérieur», faites d’abbayes filiales et de prieurés dépendants, les plus importantes étant celles de Cluny, de loin la première, de la Cava, de Saint-Victor de Marseille, de Hirsau.

Dès le XIe siècle cependant, l’observance bénédictine réglementée par Benoît, abbé d’Aniane, à l’époque carolingienne, ne satisfaisait plus certains, épris de perfection évangélique, qui trouvaient les monastères existants trop près du monde, trop préoccupés du temporel, offrant une vie pieuse, sans doute, mais trop douce. D’où l’apparition de mouvements monastiques caractérisés par la recherche de la solitude, de la pauvreté, de la mortification, tels Grandmont, la Chartreuse, Cîteaux, Fontevrault.

Grandmont fut le lieu de retraite, dans la montagne limousine, des disciples d’Étienne «de Muret» après la mort de ce saint ermite (1124). Ces religieux menaient, dans la solitude et la pauvreté, une vie austère de prière contemplative, de travaux manuels, de bienfaisance, facilitée par le fait que les convers avaient l’entière gestion du temporel sous la direction générale du prieur. Favorisés par les Plantagenêts, les grandmontains connurent, au XIIe siècle, une expansion rapide dans toute l’Aquitaine, mais les convers finirent par prétendre avoir toute l’autorité et se révoltèrent, en 1185-1188, puis en 1214-1220, ce qui amena le déclin de l’ordre, que le pape Jean XXII essaya, sans grand succès, de réorganiser en 1317.

Fontevrault fut fondée en 1101 par l’ermite prédicateur Robert d’Arbrissel, pour les disciples, femmes et hommes, que l’ardeur de sa parole arrachait au siècle, et comprit bientôt le Grand Moûtier qui aurait compté trois cents moniales, la Madeleine pour les filles repenties, Saint-Benoît pour les infirmes, Saint-Lazare pour les lépreux, enfin Saint-Jean-l’Habit pour les hommes. La règle était celle de saint Benoît, l’accent était mis sur l’abstinence et le silence perpétuels. La grande originalité en était que l’autorité dans l’abbaye mère appartenait à l’abbesse, tenant la place de la Vierge Marie, et dans les maisons dépendantes à la prieure. Favorisé par les rois angevins, l’ordre s’étendit dans leurs possessions, en France et en Angleterre; il atteignit son apogée au milieu du XIIIe siècle. Puis la discipline se relâcha, le recrutement diminua, tandis que les religieux essayaient de s’affranchir de l’autorité de l’abbesse.

Après ces deux ordres assez rapidement touchés par la décadence, celui des chartreux est le seul qui n’ait jamais été réformé, le seul auquel d’autres religieux peuvent, sans en demander l’autorisation, passer, comme au plus parfait. Fondé par Bruno, célèbre maître des écoles de Reims, dans un massif alpestre proche de Grenoble (1084), il est un mélange d’érémitisme et de cénobitisme. Les religieux vivent dans des cellules distinctes où ils se livrent au travail manuel, à l’étude, aux exercices spirituels, dans l’abstinence et le silence perpétuels, mais se réunissent à l’église pour les offices conventuels, au réfectoire pour les repas des dimanches et des fêtes, enfin pour la promenade hebdomadaire. Les chartreux, bien qu’ayant compté plus de cent monastères sous l’autorité du prieur de la Grande-Charteuse, appelé prieur général, assisté d’un définitoire de huit membres, ont toujours été relativement peu nombreux – moins de quatre mille, moines et convers, au XIVe siècle – en raison de la sévérité de leur vie de contemplation, de solitude et de simplicité.

Le contraste est total avec l’ordre cistercien, fondé en 1098, à Cîteaux par Robert, ex-abbé de Molesme, organisé en 1114 par la Carta Caritatis , lancé en Europe par Bernard de Clairvaux († 1153) qui «fit de la règle cistercienne le plus admirable instrument de propagande monastique connu». Les origines de Cîteaux illustrent les doutes qui assaillaient les esprits au sujet de la vie religieuse, à la fin du XIe siècle. Robert, bénédictin, abbé de Molesme, établit sa règle pour réaliser un idéal de vie cénobitique dans la pauvreté et la solitude, avant de se retirer à Cîteaux dans une plus grande retraite (1098). L’observance cistercienne est en somme l’harmonisation d’un «programme de vie au désert avec la règle de saint Benoît pratiquée à la lettre». Elle se caractérise par le retour à la simplicité primitive dans la vie matérielle (vêtements simplifiés, nourriture plus frugale, édifices austères) et dans la vie communautaire (pauvreté du matériel et des vêtements liturgiques, suppression des litanies et des processions), la recherche de la solitude dans le site des monastères installés loin des agglomérations, le désir de pauvreté, les moines cultivant eux-mêmes les terres qui leur sont données, sans accepter de rentes, de serfs ni de dîmes, l’institution des frères convers (à l’exemple des bénédictins), religieux laïques, auxiliaires des moines dans le travail, leur permettant d’associer l’exploitation directe et la pratique intégrale de la vie régulière: au total, une aspiration vers la solitude, une pauvreté confinant au dénuement, le recueillement. Il est certain que, après quelques années, la situation de Cîteaux était devenue critique faute de vocations, quand l’arrivée de Bernard de Fontaines accompagné d’une trentaine de compagnons lui redonna un prestige qui, durant tout le XIIe siècle, attira vers les cloîtres cisterciens des hommes et des femmes de toutes conditions (1112). Bientôt, Cîteaux dut essaimer, fondant successivement quatre «filles»: La Ferté (1113), Pontigny (1114), Clairvaux dont Bernard fut le premier abbé, et Morimond (1115). Après dix ans passés dans l’austérité, le recueillement, les épreuves, Bernard commença à connaître une renommée et une audience européennes, attestées par la montée de l’ordre dont il était l’illustration et qui comptait à sa mort (1153) trois cent quarante-trois abbayes. La diffusion continua ensuite jusqu’à six cent quatre-vingt-quatorze maisons à la fin du XIIIe siècle, après quoi, elle se ralentit. Toutes étaient autonomes, dirigées par un abbé librement élu par la communauté, mais l’unité d’ensemble était maintenue par la visite canonique annuelle et le chapitre général. La visite annuelle était assurée dans chaque fondation par l’abbé fondateur, dit «père immédiat», disposant dans la filiale d’une juridiction de surveillance et d’appel.

Le chapitre général réunissait à Cîteaux, pour la fête de l’Exaltation de la sainte Croix (14 septembre), tous les abbés de l’ordre: on y traitait de l’observance, des affaires pendantes, des coutumes, dans une atmosphère de fraternité: l’abbé de Cîteaux était plus un président qu’un chef. Le succès fut tel que les papes imposèrent une organisation semblable aux nouvelles créations, par exemple aux chanoines de Prémontré. Elle fut connue de toute la chrétienté, en Occident d’abord (France en tête, puis îles Britanniques et Allemagne, ensuite Italie et péninsule Ibérique), mais aussi dans l’Europe orientale, en Scandinavie, et dans l’Orient latin.

Les moines n’avaient pas le monopole de la vita apostolica , du fait de la multiplication des chanoines réguliers auxquels Grégoire VII avait donné une règle inspirée de celle que saint Augustin avait mise au point pour la communauté de ses disciples, et parce que les papes, depuis Urbain II, les mettaient sur le même rang que les moines (1092). Vita apostolica , après avoir longtemps été synonyme de vie commune, en venait, au XIIe siècle, à signifier «vie de prédication itinérante», et les congrégations de chanoines réguliers qui joignaient la vie active à la vie contemplative pouvaient s’estimer supérieures aux moines... en attendant que les uns comme les autres se révèlent sans influence sur les villes en plein développement auxquelles se voueront les ordres mendiants. Entre-temps, les chanoines réguliers, qui faisaient les trois vœux monastiques (pauvreté, chasteté, obéissance), mais demeuraient en contact avec le monde par l’office paroissial, la prédication, la confession, avaient connu un grand développement. Les deux congrégations les plus renommées et les plus répandues furent celle de Saint-Victor de Paris et celle de Prémontré. La première fut fondée par Guillaume de Champeaux, célèbre professeur de l’école cathédrale de Paris (1108) et resta un foyer intense de vie intellectuelle, illustrée par les théologiens Hugues et Richard «de Saint-Victor», au XIIe siècle. De nombreuses abbayes en dépendaient, notamment Sainte-Geneviève à Paris, Saint-Vincent à Senlis, Saint-Augustin à Bristol, ainsi que des prieurés auxquels étaient rattachées des cures. Mais l’ordre de Prémontré eut beaucoup plus d’importance, son expansion le portant presque au niveau de l’ordre cistercien. L’initiateur, Norbert, un aristocrate rhénan qui avait abandonné la vie mondaine de chapelain à la cour de Henri V pour se consacrer à la prédication itinérante, avait érigé à partir de 1120 l’abbaye de Prémontré, près de Laon, sous la règle de saint Augustin complétée par des coutumes empruntées tant à Cîteaux qu’à Cluny et Hirsau. Les chanoines prémontrés associaient vie contemplative, prédication et ministère pastoral. Après que Norbert eut été nommé archevêque de Magdebourg (1126), l’essaimage commença: la grande région d’expansion s’étendit du Bassin parisien aux pays baltes où l’on dénombrait treize cents monastères d’hommes, plus quatre cents de femmes: les norbertines; les prieurés dépendaient des abbayes: celles-ci étaient autonomes, mais leurs supérieurs se réunissaient chaque année en chapitre général, à Prémontré, sous la présidence de l’abbé de cette dernière.

3. Le déclin de l’institution

Innombrables et ferventes jusqu’au XIIIe siècle au moins, les abbayes connurent ensuite, jusqu’au XVIe siècle, un lent déclin dont les causes sont multiples. Depuis longtemps déjà, elles refusaient d’assumer la double tâche qui avait d’abord été la leur: le travail et l’enseignement. Elles se repliaient sur elles-mêmes, abandonnant un rôle social actif, considérant que les moines sont avant tout des serviteurs de Dieu et que leur participation à la civilisation contemporaine reste secondaire. Ce qui compte pour l’Église, c’est leur ferveur dans la vie religieuse. En fait, il était loin d’en être ainsi; l’abbatiat et les offices étaient de plus en plus considérés comme des bénéfices dispensateurs de «profit pécuniaire, d’avantage social, de distinction honorifique», les moines eux-mêmes demandant parfois à l’abbaye de leur offrir une «vie quiète, réglée, sans soucis matériels, et facile». Enfin, malgré une apparente prospérité, les abbayes traversaient depuis le XIIIe siècle une crise économique parce qu’elles étaient organisées pour une époque d’économie fermée uniquement agricole, alors que villes et commerce donnaient désormais le ton et que la rente de la terre perdait sans cesse de sa valeur.

Arrivées doucement au XVIe siècle, toujours très nombreuses, mais chacune moins peuplée, les abbayes subirent la grande crise de la Réforme qui sécularisa beaucoup d’abbayes en Allemagne, aux Pays-Bas et dans les îles Britanniques. Mais le XVIIe siècle fut marqué par une renaissance du monachisme, dans le sens de l’organisation de congrégations sur le modèle donné dès la fin du XVe siècle par celles de Sainte-Justine de Padoue en Italie, de Bursfeld en Allemagne, de Valladolid en Espagne. Les plus importantes furent, en Lorraine, celle de Saint-Vanne de Verdun, et surtout, en France, celle de Saint-Maur. Elles s’efforcèrent de trouver une solution à la coexistence d’abbés commendataires qui, pour la plupart, ne s’intéressaient qu’aux revenus de l’abbaye, et de communautés monastiques souvent ferventes. Toutes deux devaient être rongées par le jansénisme, et le XVIIIe siècle marqua une nouvelle décadence, sanctionnée par les révolutions qui semblèrent sonner le glas du monachisme et des abbayes.

4. Les abbayes contemporaines

Pourtant, la permanence de la vie monastique avait été assurée par les trappistes, cisterciens réformés à la fin du XVIIe siècle, et bientôt, allant de pair avec le mouvement de restauration chrétienne, des abbayes anciennes réapparurent tandis que de nouvelles se créaient, non seulement en Europe, mais aussi sur les autres continents. Actuellement, la plupart des moines et des chanoines réguliers vivent dans des abbayes dont dépendent un certain nombre de prieurés. Les chanoines réguliers (environ 5 000) sont essentiellement: les chanoines réguliers de Saint-Augustin (1 100) qui comptent une trentaine d’abbayes – Beauchêne en France, Saint-Maurice d’Agaune en Suisse et les deux hospices du Grand-Saint-Bernard et du Simplon – et les chanoines réguliers de Prémontré (1 700) qui possèdent une trentaine d’abbayes – en France: Mondaye et Frigolet. Les moines (environ 20 000) se répartissent principalement entre bénédictins, cisterciens et chartreux. Ceux-ci restent les moins nombreux (400) dans une vingtaine de monastères dont le plus célèbre est toujours la Grande-Chartreuse. Les cisterciens (6 000) sont divisés entre une «commune observance» groupant une quarantaine d’abbayes – en France, Lérins et Sénanque – et une «stricte observance»: congrégation des trappistes formée par une soixantaine d’abbayes – par exemple Cîteaux, la Grande Trappe, Aiguebelle, Sainte-Marie-du-Mont en France et l’une des plus importantes, celle de Notre-Dame-de Gethsémani, Kentucky (États-Unis). Les bénédictins sont les plus nombreux (près de 12 000) et leurs 180 abbayes sont parfois très peuplées: en France, La Pierre-qui-Vire compte 200 moines; en Allemagne, Beuron 200, Saint-Ottilien 225, Münsterschwarzbach 320; en Suisse, Einsiedeln 210; aux États-Unis, Saint-Meinrad en Indiana 200, Saint-Vincent en Pennsylvanie 270, Collegeville au Minnesota 350; tandis qu’au Tanganyika, Peramiholz, à Lindi, en compte 150. Parmi les plus renommées citons le Mont-Cassin et Subiaco en Italie, Pannonhalma en Hongrie, Montserrat en Espagne, Solesmes et Ligugé en France, Maredsous en Belgique.

On distingue canoniquement les abbayes régulières et les abbayes nullius dioeceseos ; les secondes, dont le territoire ne fait partie d’aucun diocèse, sont rares: le Mont-Cassin (qui compte plus de 100 000 paroissiens), Subiaco, Monte Oliveto en Italie; Einsiedeln, Saint-Maurice d’Agaune en Suisse, Clervaux au Luxembourg; Pannonhalma en Hongrie; Pietersburg au Transvaal; Lindi et Ndanda au Tanganyika; New Norcia en Australie. Une abbaye comprend toujours l’église, dite abbatiale, le cloître auquel sont adjoints la salle capitulaire et le chauffoir, la bibliothèque, le réfectoire avec la cuisine, le dortoir ou les cellules, l’infirmerie, l’hôtellerie.

5. Le rôle historique

Le rôle historique des abbayes a été considérable, et il le reste dans certains domaines. Leur influence religieuse est incontestable: attirantes, elles étaient et demeurent des foyers de vie spirituelle; rayonnantes, elles furent des modèles, des pépinières pour l’épiscopat, des centres missionnaires pour l’Angleterre, la Germanie, les pays slaves, et, à l’époque contemporaine, pour l’Afrique, l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine. Sur le plan social, elles furent des faiseuses de terre par la part qu’elles prirent aux défrichements, des bâtisseuses, par les innombrables bourgs d’origine monastique: Cluny, Corbie, Fulda, Saint-Gall. Centres d’accueil pour les voyageurs, elles facilitèrent les échanges et donnèrent naissance à de nombreux marchés et foires, tandis que leurs aumônes constituaient sous l’Ancien Régime une aide économique appréciable. Quant à leur rôle intellectuel, il a été remarquable: d’une part les abbayes ont sauvé les écrits de l’Antiquité, les ont retranscrits et ont ouvert les premières écoles après les invasions; d’autre part elles se sont faites les propagatrices de l’art roman aux XIe et XIIe siècles, de l’art gothique aux XIIe et XIIIe siècles, de l’art baroque au XVIIIe.

abbaye [ abei ] n. f.
• 1175; abadie XIe; lat. abbatia
1Couvent, monastère dirigé par un abbé ou une abbesse. Une abbaye bénédictine.
2Bâtiments de ce monastère. Cloître d'une abbaye. Abbaye gothique.

abbaye nom féminin (latin ecclésiastique abbatia) Communauté de moines ou de moniales gouvernée par un abbé ou une abbesse ; bâtiments abritant cette communauté. (Une abbaye était dite nullius dioecesis quand son territoire était totalement indépendant du diocèse où il se trouvait inclus.) Sous l'Ancien Régime, bénéfice, revenu dont jouissait l'abbé. En Suisse, confrérie de tireurs ; fête organisée par cette confrérie. ● abbaye (citations) nom féminin (latin ecclésiastique abbatia) Jean de La Bruyère Paris 1645-Versailles 1696 Il s'est trouvé des filles qui avaient de la vertu, de la santé, de la ferveur et une bonne vocation, mais qui n'étaient pas assez riches pour faire dans une riche abbaye vœu de pauvreté. Les Caractères, De quelques usages abbaye (synonymes) nom féminin (latin ecclésiastique abbatia) Communauté de moines ou de moniales gouvernée par un abbé...
Synonymes :
- monastère

abbaye
n. f.
d1./d Communauté d'hommes ou de femmes placée sous l'autorité d'un abbé ou d'une abbesse; ensemble des bâtiments de cette communauté. Abbaye cistercienne.
d2./d (Suisse) Société de tireurs. L'Abbaye des écharpes blanches. L'Abbaye des grenadiers.
|| Fête de cette société.

⇒ABBAYE, subst. fém.
RELIG. Monastère placé sous la direction d'un abbé ou d'une abesse.
A.— La communauté religieuse d'hommes ou de femmes vivant dans le monastère :
1. Mais n'êtes-vous pas de la classe de ceux parmi lesquels on choisit les chefs d'abbayes, les prélats, les évêques?
J. DE CRÈVECŒUR, Voyage dans la Haute-Pensylvanie et dans l'État de New-York, t. 3, 1801, p. 27.
2. Cette antique église, agrandie et embellie de siècle en siècle, où se trouvait la sépulture de l'apôtre des bourguignons, appartenait à une puissante abbaye qui avait joué un rôle important dans l'histoire de Bourgogne; ...
P. DE BARANTE, Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, t. 1, 1824, p. 118.
3. Voyez le père Étienne qui est cellérier de l'abbaye et hôtelier, il est aussi sacristain et sonneur de cloches; moi, je suis également premier chantre et professeur de plain-chant.
J.-K. HUYSMANS, En route, t. 2, 1895, p. 308.
B.— Le bâtiment occupé actuellement ou autrefois par une communauté religieuse :
4. ... cette antique abbaye où vivent de saintes filles, ...
B. DE KRÜDENER, Valérie, préf. 1803, p. 125.
5. Les Brabançons étaient logés à Saint-Denis, et pillèrent cruellement la ville; les habitants se réfugièrent dans l'abbaye, et ces barbares eurent l'insolence de menacer le monastère du saint apôtre de la Gaule et de la sépulture royale; il fallut en fermer le pont-levis, et faire demander des hommes au roi pour le garder.
P. DE BARANTE, Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, t. 3, 1824, p. 182.
6. On continua donc à faire bonne chère tant qu'on put, et surtout dans les abbayes, couvents et moutiers, ...
J.-A. BRILLAT-SAVARIN, Physiologie du goût, 1825, p. 273.
7. Il a trouvé moyen, sans un sou, de relever l'abbaye de Solesmes, sans s'interrompre pour cela, et sans quitter une rude partie entre lui et tous les évêques de France au sujet de la liturgie ancienne qu'il a réussi à faire rétablir dans toute sa pureté, presque partout; ...
Ph.-A.-M. DE VILLIERS DE L'ISLE-ADAM, Correspondance générale, 1862, p. 51.
8. Il faudrait, se disait-il, fonder une abbaye où l'on pourrait travailler dans une bonne bibliothèque, à l'aise; on y serait quelques-uns, avec une nourriture possible, du tabac à volonté, la permission d'aller faire un tour sur le quai, de loin en loin. Et il rit; mais ce ne serait pas un couvent alors! ou ce serait un couvent de dominicains, avec les dîners en ville et le flirt de la prédication en moins!
J.-K. HUYSMANS, En route, t. 1, 1895, p. 199.
9. Les femmes! la règle est formelle, si elles mettent seulement le bout du pied dans la clôture d'une abbaye, elles sont frappées d'excommunication, ipso facto, par ce fait seul...
J.-K. HUYSMANS, L'Oblat, t. 1, 1903, p. 125.
10. ... Bernard Tumaspacher, comte d'Armagnac, en expiation d'un meurtre politique, bâtit, à Saint-Mont, une abbaye et s'y fit moine bénédictin.
J. DE PESQUIDOUX, Le Livre de raison, t. 2, 1928, p. 271.
C.— P. ext. Le monastère envisagé du point de vue de la part de ses revenus constituant un bénéfice ecclésiastique donné à un abbé séculier ou commendataire :
11. Tant que notre pays était resté sous la domination des ducs, les droits de Son Altesse, ceux des seigneurs, abbayes, prieurés, couvents d'hommes et de femmes, suffisaient déjà pour nous accabler; ...
ERCKMANN-CHATRIAN, Histoire d'un paysan, t. 1, 1870, p. 13.
12. L'abbaye de Jouarre était due comme un fief aux grands services que sa famille avait rendus à l'État.
E. RENAN, Drames philosophiques, L'Abbesse de Jouarre, 1886, p. 627.
13. M. Pierrefitte croit que Chapelain qui a eu pendant quatre années un bénéfice (l'abbaye d'Erlange, près de Darney) et qui était intéressé est venu dans le pays.
M. BARRÈS, Mes Cahiers, t. 5, 1906, p. 199.
D.— Emplois arg. (gén. comme base de syntagme)
1. Maison de tolérance :
14. abbaye des s'offre-à-tous, s. f. [= Maison publique] (...). Cette expression, qui sort du Romancero, est toujours employée par le peuple.
A. DELVAU, Dict. de la langue verte, Argots parisiens comparés, 1866, p. 2.
15. Abbaye de s'offre à tous. Maison de tolérance du temps jadis.
L. RIGAUD, Dict. du jargon parisien, L'Argot ancien et moderne, 1878, p. 2.
2. Refuge de voleurs, de vagabonds :
16. Abbaye. Réduit, briqueterie ou four à chaux dans lequel les voleurs et les vagabonds se réfugient la nuit. Les Buttes-Chaumont étaient jadis une grande Abbaye.
FRANCE 1907.
3. Prison :
17. Prison (...) abbaye de sots bougres.
Dict. d'argot, ou la Langue des voleurs dévoilée, 1847, p. 229.
4. Guillotine :
18. Abbaye de monte à regret. Potence, guillotine.
RABAN et MARCO SAINT-HILAIRE, Mémoires d'un forçat, ou Vidocq dévoilé, t. 4, 1828-1829, p. 307.
19. Il a fait changer ma peine; au lieu d'aller à l'abbaye de monte-à-regret, j'en ai eu pour quinze années de vie.
E. SUE, Les Mystères de Paris, 1844, p. 23.
20. Les voleurs appellent encore l'échafaud Abbaye de Saint Pierre, la guillotine étant autrefois placée sur cinq pierres, devant la Roquette.
FRANCE 1907.
Prononc. ET ORTH. — 1. Forme phon. :[abei]. GRÉG. 1923, BARBEAU-RHODE 1930 et Harrap's 1963, notent [] ouvert. Par ailleurs, PASSY 1914, GRÉG. 1923, BARBEAU-RHODE 1930 et Harrap's 1962 transcrivent le mot avec yod :[abeji]. Pour KAMM. 1964, p. 126, l'y gr. dans abbaye ,,se décompose en deux i dont le premier altère la voyelle précédente, le second gardant sa valeur propre (...). En pratique, se développe un léger yod avant le deuxième, i.`` Cf. aussi MART. Comment prononce 1913, p. 189-190, et ROUSS.-LACL. 1927, p. 152-153. D'apr. NYROP Phonét. 1963, § 186, la graph. ay se prononce [ei] ou [eji] dans pays, paysan, abbaye. Enq. :/abei/. 2. Dér. et composés : cf. abbé. 3. Hist. — Le mot apparaît sous sa forme actuelle dès le XIVe s. (cf. ex. T.-L.) et ds les dict. dep. NICOT 1606, sauf RICH. 1680 et 1706 qui note abaïe.
ÉTYMOL. — Corresp. rom. : a.prov. abadia; n.prov. abadie; ital. port. abbadia, abbazìa; roum. abatie.
Fin XIe s. (?) terme relig. « monastère gouverné par un abbé » (Lois de Guillaume, 1 ds GDF. Compl. : Se ces fust u evesqué u abbeie); ca 1170 « id. » (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec et Enide, éd. Foerster, 3139 : ... une jornee tot au tor N'avoit chastel, vile ne tor, Ne meison fort ne abeïe, Ospital ne herbergerie) 1165; « id. » (CHRÉTIEN DE TROYES, La vie de Guillaume d'Angleterre, éd. Wilmotte, 1137 : Puis issi fors de m'abeïe [ : vie]).
Du lat. eccl. , attesté dep. 651 au sens de « charge, dignité d'abbé », PROU-VIDIER, Rec. des ch. de S. Benoît-s-Loire, I, n° 1 ds NIERM., s.v. :Dum me divina pietas basilicae domni Aniani... abbatiae sublimatum honore ejusdem loci custodem esse instituit; dep. 798 (?) au sens de « monastère placé sous la direction d'un abbé », Concil. Rispac., Conc. II p. 196 ibid. :[veniant] de illa vestra abbatia illos proceres monachos, quantos vobis videtur (attest. de 710 et 720 qualifiées d'interpolation par Nierm.); dep. 825-830, au sens « ensemble des domaines et des autres droits profitables attachés à la fonction d'abbé », Epp. V, p. 290, ibid. : [Abbas] ipsius monasterii monachis portionem de abbatia dedit, ut regulariter viverent. — Dict. d'archéol. chrét. et de liturg., s.v.; Arch. f. lat. Lex., t. II, p. 444.
HIST. — Apparu à la fin du XIe s. (cf. étymol.), le mot abbaye, attribué d'abord aux monastères fondés par St Martin au IVe s. à Ligugé et à Marmoutiers et par St Honorat au Ve s. à Lérins, s'est maintenu dans la lang. contemp. pour les 2 accept. A et B. La distinction établie sous l'Anc. Régime entre l'abbaye en règle, soumise à l'autorité d'un relig., et l'abbaye en commende dont un eccl. séculier ou un laïc peut être titulaire figure toujours dans la lang. contemp. par all. au passé et à titre d'arch. de civilisation, par suite de l'abolition de la commende dep. 1789. Il en est de même pour abbaye au sens C. Pour les sens groupés sous D, cf. ESN. et FEW, XXIV : « bordel » dès 1389 (charte fr. cf. DU CANGE s.v. abbas et T.-L.) dans l'expr. la grant abbaye (de Toulouse); « refuge de voleurs » cf. abbaye ruffante « four chaud à pain » public 1596 (ESN.); « potence » 1628 (ESN.); monte à rebours (d'apr. la manière de monter sur la potence) 1836 (ESN.).
STAT. — Fréq. abs. litt. :937. Fréq. rel. litt. :XIXe s : a) 2 088, b) 1 151; XXe s. : a) 1 759, b) 527.
BBG. — BARR. 1967. — BOUILLET 1859. — CHABAT 1875-76. — DAINV. 1964. — LEP. 1948. — MARCEL 1938. — Théol. cath. 1909.

abbaye [abei] n. f.
ÉTYM. 1175; du lat. ecclés. abbatia « charge d'abbé ».
1 Couvent, monastère, communauté de religieux ou de religieuses, qui a pour supérieur un abbé ou une abbesse. aussi Prieuré.
1 Une de ces innombrables abbayes bénédictines qui sont semées comme des joyaux sur la robe de la Gaule chrétienne.
France, la Rôtisserie de la reine Pédauque, in 1 t. VIII, p. 249.
Prov. Pour un moine l'abbaye ne faut pas : le défaut d'un seul n'empêche pas une réunion de se tenir, un projet de s'exécuter.
2 Bâtiments de cette communauté. || Le cloître, le réfectoire, les cuisines… d'une abbaye. || Abbaye gothique, romaine; cistercienne. || Une vieille, une ancienne abbaye en ruine. || L'abbaye de Jumièges.
3 Hist. Bénéfice attaché au titre d'abbé. || Abbaye en commende, celle à laquelle le roi pouvait nommer un séculier. || Abbaye en règle, celle qui ne pouvait être attribuée qu'à un régulier.
4 Argot. a (1389, « bordel »). Maison de tolérance.
b Loc. (1628). L'abbaye de monte-à-regret : la potence, puis (XIXe s.), la guillotine.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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